Peter Wyssbrod
Entracte
Texte: Peter Wyssbrod.
Interprétation:
Peter Wyssbrod.
Est-ce une dérision d’intituler « Entracte » le corps même du spectacle et de faire de ce temps de « suspension » de l’illusion scénique la matière et le déroulement même de la représentation? Dérision du spectacle certes, de sa superfétation, de sa bruyante et encombrante superfluité; dérision de cette illusion et des ficelles qui en règlent la mise en scène, où les rôles sont d’emblée distribués, le « rituel » rigoureusement déterminé. – Métaphore de la vie? N’est pas dérisoire aussi le pauvre pantin Wyssbrod avec son désespoir qui voudrait bien se donner en spectacle, « sortir » enfin à la face des autres, trouver une « fin de recevoir » et crever sa gangue de solitude? Mais non, il lui faut fermer portes et fenêtres, quand madame est allée aux courses pour hurler son désespoir, et le faire voleter dans une frénésie de confettis… Et quand elle rentre inopinément, les bras chargés de paquets, c’est pour trouver ce désespoir qui s’est répandu sur sa moquette. Elle en laisse tomber ses légumes de désolation. Voilà notre pauvre malheureux ramassant méticuleusement les débris de cet épisodique exutoire. Au fond l’artiste, l’homme tout court, ne poursuit-il pas irrévocablement cette vanité de se « dire » aux autres, au monde, de se « justifier d’exister, de montrer son existence en montant sur une chaise ou sur la corde du funambule, pour qu’on le voie…, qu’on le rencontre…, qu’on l’aime, Nom de Dieu!